TOPOR, MÊME PAS MORT !

            Histoire de la fabrication d'un livre sur un artiste pas comme les autres et mise en ligne de documents rares ou inédits le concernant...  
                                         

Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /Nov /2009 17:02
Je reçois cet article d'un certain Nick Grimson, artiste-peintre vivant à Paris.
Voici l'article dans son intégralité. Il gênera  beaucoup de personnes tant  la pertinence du propos est dérangeante.  Pourtant,  il résume admirablement ce que je pense depuis longtemps.
Depuis la création de ce blog, la publication d'un article qui n'est
  pas de votre serviteur est une première.

A la défense des artistes défunts

Comment éviter la profanation des artistes par les  ayant-droits.

 

Si d’une façon générale je n’aime pas le principe d’appropriation des morts par les vivants, il est un cas qui m’est insupportable c’est la reconnaissance d’une propriété de l’œuvre artistique à quelqu’un d’autre que l’artiste lui-même, fut-il mort :

les ayantdroits, les membres de la famille, en quoi sont-ils légitimes à revendiquer une quelconque propriété sur une production de l’esprit, qu’ils auront pu certes côtoyer, parfois partager et peut-être influencer, mais dont ils n’ont pas jamais été les auteurs ?

Une fois l’artiste disparu leur intérêt devient même divergent de celui de l’artiste, ils se mettent à jouer contre lui, ils lui nuisent, certes le plus souvent involontairement,  mais c’est presque toujours le cas.

L’œuvre doit survivre à l’artiste mort car si le créateur a disparu le but de l’œuvre reste le même. De son vivant l’artiste peut contrôler son entourage pour apprécier la promotion faite à ses œuvres quand il ne peut le faire lui même. Il peut tirer un profit légitime de sa production artistique, il peut donc par exemple s’il le souhaite freiner la diffusion de son œuvre pour organiser sa rareté…Mais une fois mort l’intérêt de l’artiste n’est plus dans la valeur d’échange de son œuvre mais dans la reconnaissance de cette même œuvre, dans sa capacité à s’inscrire dans l’histoire, grande ou petite, de l’art, dans la postérité.

Ainsi du fait de cette obligation morale naît  une responsabilité nouvelle, d’ ayant-droit ils deviennent des «ayant-devoirs». Mais même s’ils en ont parfois la volonté en ont-ils la capacité ?

Pourquoi reconnaître aux ayant-droit le droit de pouvoir parasiter l’œuvre pour vivre à son détriment. La valeur d’échange n’importe plus pour un mort, tout doit donc être fait pour promouvoir a posteriori la diffusion de l’œuvre.

 

Tous les arts ne sont pas au même niveau d’égalité, certains sont reproductibles directement (la musique, la littérature….), d’autres indirectement comme la peinture ou la sculpture…

Paradoxalement les technologies numériques de reproduction et de diffusion viennent au secours de l’artiste, même et presque surtout quand il est mort.

Les réseaux de communication et la numérisation privent parfois l’artiste vivant de certains produits potentiels de son œuvre (piratage, reproduction illégale , échanges de produits d’occasion…).

Mais une fois mort ?…. c’est l’inverse !

Les différents amateurs ou amoureux de l’œuvre, même les plus maladroits, peuvent la faire survivre, connaître et apprécier, la reproduire, la diffuser via Internet, ils peuvent s’organiser en groupes ou s’exprimer individuellement, etc.

Ce n’est plus du piratage, c’est du « pirat’hommage».

Aujourd’hui beaucoup d’auteurs morts ont leurs livres épuisés, ces auteurs meurent 2 fois.

Les éditeurs n’ont peut-être pas pu toujours bien promouvoir leur artiste, contraintes économiques dont on ne peut nier l’importance, choix de mise « en tête de gondole » d’auteurs à lancer, etc..

Pourquoi ne pas rendre libre de droits des écrits dont on n’est pas capable d’assurer la  diffusion et la promotion ?

Pourquoi s’opposer à la numérisation d’œuvres introuvables qui ne profitent plus qu’à des spéculateurs privés ou à la spéculation des ayant-droits eux-mêmes ?

Pourquoi attendre les délais si longs de passage dans le domaine public ?

Pourquoi confier aveuglément tous les droits à des individus dont l’incompétence et l’intérêt pour un profit post-mortem nuit à l’artiste défunt?

 

L’héritage de droits sur une œuvre est une spoliation posthume de l’artiste, c’est une profanation, c’est dégueulasse.

Nick Grimson

 

Par Frantz Vaillant - Publié dans : toporetmoi
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Commentaires

Tout juste. Texte troublant qui, dans un deuxième temps, fait naitre de la colère contre les ayants droits et leurs pratiques souvent discutables
Commentaire n°1 posté par Patrice Fribourg le 24/11/2009 à 16h28
Tout à fait vrai ! Bel article ! Il manque cruellement dans le monde de l'Art de Vrais responsables dignes et intelligents !
Commentaire n°2 posté par Anthony Perrot le 24/11/2009 à 21h43

Cet article est pertinent, et les exemples de dérives après la mort d'un artiste sont fréquents, notamment- surtout, devrais-je dire -dans l'entourage familial. Il suffit d'évoquer la soeur de Nietzsche, responsable en partie de l'assimilation honteuse de ce dernier au nazisme. Cependant, la mauvaise foi de l'entourage n'est pas systématique, ce serait également manquer de respect envers l'artiste que de ne faire pas confiance en ses proches, sur qui il comptait parfois pour nous laisser un message.

Commentaire n°3 posté par Paul. le 26/11/2009 à 02h07
Bonne continuation
Commentaire n°4 posté par Rozéfré le 28/11/2009 à 17h22
L'article comporte quelques remarques pertinentes mais pouquoi généraliser ? Dans la cas de Roland Topor où il n'y a qu"un ayant-droit qui fait le maximum pour faire vivre l'oeuvre de Roland, ce sont les non-ayant droit qui parasitent l'oeuvre : par exemple en disant des textes de plusieurs auteurs sans rendre à chacun ses créations : les textes de R.Topor sont perdus au milieu d'autres et, les non connaisseurs peuvent lui en  attribuer à tort certains médiocres. Heureusement qu'il y a des ayant-droit (dont je ne suis pas) pour veiller à ce quelqu'un ne puisse dénaturer une oeuvre.
Commentaire n°5 posté par d'Almeida-Topor Hélène le 07/12/2009 à 13h58
Allons, il faut arrêter de se mentir. Cet article fait mal et c'est tant mieux. Il est juste.  J'étais samedi à la Fnac de Rennes. Aucun livre de Roland Topor à la vente ! J'ai demandé à mon frère, qui habite Lille, d'écumer les librairies et les bouquinistes : même chose. A qui la faute ? Aux éditeurs ? Seulement ? Je crois que le mieux serait sans doute d'éditer les oeuvres complètes de Roland Topor dans une collection bon marché. Tout le monde y trouverait son compte.
Commentaire n°6 posté par Patrick Costals le 07/12/2009 à 16h31
Suis d'accord. Impossible de trouver en librairie une oeuvre de Topor.
Commentaire n°7 posté par Isabelle Ladoucie le 07/12/2009 à 16h50
Je tombe des nues ! Affirmer que les non-ayants droit "parasitent" l'oeuvre, c'est l'exact contraire du sens de l'article ! Par ailleurs, c'est parce qu'une oeuvre n'est pas suffisament populaire, et donc accessible, qu'elle peut subir ces sortes de tripatouillages. Une oeuvre mise librement à la disposition de chacun permet d'éviter ce genre de mésaventure car le controle de l'authenticité n'est plus un effort mais alors une simple  formalité.
Commentaire n°8 posté par Jacques Malia le 07/12/2009 à 17h02
Ça peut paraître incroyable, mais à la librairie Tropisme, à Brussel, captitale du pays de la bière, on trouve plus de livres de Topor que de livres sur la bière. Mais ces derniers, comme à la FNAC de Bruxelles, peuvent se compter sur les doigts d'une main.

On recense au moins cinq publications de Topor cette année :
 - Dans la tête à Topor - Des comptines encore et encore, Rue du monde, février ;
 - Défouloir, avec un DVD de Bill Plympton, Attila, mai ;
 - Topor, roi malgré lui, bilingue italien/français, Nuages, août ;
 - Roland Topor : Randonnées péripathétiques, contenant quelques documents inédits, Daily-Bul, octobre ;
 - Lui cuisine, illustré par Topor, Épure, novembre ;

En ce moment à la Cinematek, du 30 novembre au 11 décembre, un cycle intitulé « Droit au cinéma! » qui a commencé par le remarquable Be kind rewind de Michel Gondry, USA - UK 2008, suivi d'un débat sur le thème Droit d'auteur avec Jaco van Dormael et Alain Berenboom. Ce dernier a évoqué le procès intenté, et gagné, par James Ensor à l'encontre d'André Stas. Résumé : on peut parodier mais pas rendre hommage ; cependant, avec un bon avocat...
Commentaire n°9 posté par Nicolas Esprime le 08/12/2009 à 00h32

On comprends très bien en tant que "spéculateurs privés" la colère de l'auteur de l'article et la façon dont il conspue les ayants droits. Néanmoins comme certains ayant-droits l'ont souligné il ne faut pas généraliser et il faut voir quels peuvent être les obstacles juridiques. Il demeure un point essentiel qui est ici soulevé : La façon dont les oeuvres se noient dans ce flux culturel, société du spectacle oblige. Beaucoup de grands auteurs attirent moins les regards avec le temps, la société, la mentalité ambiante, la profusion d'informations. On ne sais plus où regarder et pour nous les nouvelles générations, il faut une curiosité considérable pour ne serais-ce "rencontrer" des artistes comme Topor tant leurs oeuvres continuent de se noyer. L'outil internet trouve ici son intérêt pour ramener à la surface et mettre à disposition de multiples auteurs, pour diffuser un art qu'il soit désiré ou non par la majorité. Et dans une société qui se passe de plus en plus des livres, qui change constamment de supports multimédias, internet me parait être le moyen le plus facile ( qui demandes le moins d'efforts ), le plus accessible pour garder un oeil sur une grande partie du patrimoine culturel...

 

Nicolas, 22 ans, Nantais de son état, ça c'est panique sans l'être pour un sou 

Commentaire n°10 posté par Nicolas le 16/08/2010 à 03h49

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