NICK GRIMSON

Publié le par Frantz Vaillant

Je reçois cet article d'un certain Nick Grimson, artiste-peintre vivant à Paris.
Voici l'article dans son intégralité. Il gênera  beaucoup de personnes tant  la pertinence du propos est dérangeante.  Pourtant,  il résume admirablement ce que je pense depuis longtemps.
Depuis la création de ce blog, la publication d'un article qui n'est
  pas de votre serviteur est une première.

A la défense des artistes défunts

Comment éviter la profanation des artistes par les  ayant-droits.

 

Si d’une façon générale je n’aime pas le principe d’appropriation des morts par les vivants, il est un cas qui m’est insupportable c’est la reconnaissance d’une propriété de l’œuvre artistique à quelqu’un d’autre que l’artiste lui-même, fut-il mort :

les ayantdroits, les membres de la famille, en quoi sont-ils légitimes à revendiquer une quelconque propriété sur une production de l’esprit, qu’ils auront pu certes côtoyer, parfois partager et peut-être influencer, mais dont ils n’ont pas jamais été les auteurs ?

Une fois l’artiste disparu leur intérêt devient même divergent de celui de l’artiste, ils se mettent à jouer contre lui, ils lui nuisent, certes le plus souvent involontairement,  mais c’est presque toujours le cas.

L’œuvre doit survivre à l’artiste mort car si le créateur a disparu le but de l’œuvre reste le même. De son vivant l’artiste peut contrôler son entourage pour apprécier la promotion faite à ses œuvres quand il ne peut le faire lui même. Il peut tirer un profit légitime de sa production artistique, il peut donc par exemple s’il le souhaite freiner la diffusion de son œuvre pour organiser sa rareté…Mais une fois mort l’intérêt de l’artiste n’est plus dans la valeur d’échange de son œuvre mais dans la reconnaissance de cette même œuvre, dans sa capacité à s’inscrire dans l’histoire, grande ou petite, de l’art, dans la postérité.

Ainsi du fait de cette obligation morale naît  une responsabilité nouvelle, d’ ayant-droit ils deviennent des «ayant-devoirs». Mais même s’ils en ont parfois la volonté en ont-ils la capacité ?

Pourquoi reconnaître aux ayant-droit le droit de pouvoir parasiter l’œuvre pour vivre à son détriment. La valeur d’échange n’importe plus pour un mort, tout doit donc être fait pour promouvoir a posteriori la diffusion de l’œuvre.

 

Tous les arts ne sont pas au même niveau d’égalité, certains sont reproductibles directement (la musique, la littérature….), d’autres indirectement comme la peinture ou la sculpture…

Paradoxalement les technologies numériques de reproduction et de diffusion viennent au secours de l’artiste, même et presque surtout quand il est mort.

Les réseaux de communication et la numérisation privent parfois l’artiste vivant de certains produits potentiels de son œuvre (piratage, reproduction illégale , échanges de produits d’occasion…).

Mais une fois mort ?…. c’est l’inverse !

Les différents amateurs ou amoureux de l’œuvre, même les plus maladroits, peuvent la faire survivre, connaître et apprécier, la reproduire, la diffuser via Internet, ils peuvent s’organiser en groupes ou s’exprimer individuellement, etc.

Ce n’est plus du piratage, c’est du « pirat’hommage».

Aujourd’hui beaucoup d’auteurs morts ont leurs livres épuisés, ces auteurs meurent 2 fois.

Les éditeurs n’ont peut-être pas pu toujours bien promouvoir leur artiste, contraintes économiques dont on ne peut nier l’importance, choix de mise « en tête de gondole » d’auteurs à lancer, etc..

Pourquoi ne pas rendre libre de droits des écrits dont on n’est pas capable d’assurer la  diffusion et la promotion ?

Pourquoi s’opposer à la numérisation d’œuvres introuvables qui ne profitent plus qu’à des spéculateurs privés ou à la spéculation des ayant-droits eux-mêmes ?

Pourquoi attendre les délais si longs de passage dans le domaine public ?

Pourquoi confier aveuglément tous les droits à des individus dont l’incompétence et l’intérêt pour un profit post-mortem nuit à l’artiste défunt?

 

L’héritage de droits sur une œuvre est une spoliation posthume de l’artiste, c’est une profanation, c’est dégueulasse.

Nick Grimson

 

Publié dans toporetmoi

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Online Scams 10/12/2014 10:56

This is really an interesting painting. The artist needs to have brilliant skill to create such art work. I don’t understand what they mean by the dead artist. Nick Grimson is a nice person with his own thoughts as well as findings.

Nicolas 16/08/2010 03:49



On comprends très bien en tant que "spéculateurs privés" la colère de l'auteur de l'article et la façon dont il conspue les ayants droits. Néanmoins comme certains ayant-droits l'ont souligné il
ne faut pas généraliser et il faut voir quels peuvent être les obstacles juridiques. Il demeure un point essentiel qui est ici soulevé : La façon dont les oeuvres se noient dans ce flux
culturel, société du spectacle oblige. Beaucoup de grands auteurs attirent moins les regards avec le temps, la société, la mentalité ambiante, la profusion d'informations. On ne sais plus où
regarder et pour nous les nouvelles générations, il faut une curiosité considérable pour ne serais-ce "rencontrer" des artistes comme Topor tant leurs oeuvres continuent de se noyer. L'outil
internet trouve ici son intérêt pour ramener à la surface et mettre à disposition de multiples auteurs, pour diffuser un art qu'il soit désiré ou non par la majorité. Et dans une
société qui se passe de plus en plus des livres, qui change constamment de supports multimédias, internet me parait être le moyen le plus facile ( qui demandes le moins
d'efforts ), le plus accessible pour garder un oeil sur une grande partie du patrimoine culturel...


 


Nicolas, 22 ans, Nantais de son état, ça c'est panique sans l'être pour un sou 



Nicolas Esprime 08/12/2009 00:32


Ça peut paraître incroyable, mais à la librairie Tropisme, à Brussel, captitale du pays de la bière, on trouve plus de livres de Topor que de livres sur la bière. Mais ces derniers, comme à la FNAC
de Bruxelles, peuvent se compter sur les doigts d'une main.

On recense au moins cinq publications de Topor cette année :
 - Dans la tête à Topor - Des comptines encore et encore, Rue du monde, février ;
 - Défouloir, avec un DVD de Bill Plympton, Attila, mai ;
 - Topor, roi malgré lui, bilingue italien/français, Nuages, août ;
 - Roland Topor : Randonnées péripathétiques, contenant quelques documents inédits, Daily-Bul, octobre ;
 - Lui cuisine, illustré par Topor, Épure, novembre ;

En ce moment à la Cinematek, du 30 novembre au 11 décembre, un cycle intitulé « Droit au
cinéma! » qui a commencé par le remarquable Be kind rewind de Michel Gondry, USA - UK 2008, suivi d'un débat sur le thème Droit d'auteur avec Jaco van Dormael et Alain
Berenboom. Ce dernier a évoqué le procès intenté, et gagné, par James Ensor à l'encontre d'André Stas. Résumé : on peut parodier mais pas rendre hommage ; cependant, avec un bon avocat...


Jacques Malia 07/12/2009 17:02


Je tombe des nues ! Affirmer que les non-ayants droit "parasitent" l'oeuvre, c'est l'exact contraire du sens de l'article ! Par ailleurs, c'est parce qu'une oeuvre n'est pas suffisament populaire,
et donc accessible, qu'elle peut subir ces sortes de tripatouillages. Une oeuvre mise librement à la disposition de chacun permet d'éviter ce genre de mésaventure car le controle de l'authenticité
n'est plus un effort mais alors une simple  formalité.


Isabelle Ladoucie 07/12/2009 16:50


Suis d'accord. Impossible de trouver en librairie une oeuvre de Topor.